J'essaie d' écrire sans mots l' espace du Dedans.
L' Intimité inconsciente d' elle-même.
Le temps qui semble arrêté,
Car ayant atteint une vibration si haute
Que son mouvement n' est plus perceptible.
Des formes aux contours si délicats,
Qu' elles peuvent se permettre de rire d' elles mêmes
Sans compromettre leur gravité légère.
Autogravitation autour du moi retourné comme un gant,
L' envers est plus beau que l' endroit.
Des encres emprisonnées par l' eau
Et qui résistent.
L' eau progressivement les libère et les enserre,
Elles s' appuient alors de tout leur poids,
On ne va pas contre sa nature. Agnex 2009
"ex perfecto nihil fit. "
À partir de ce qui est parfait, rien ne devient.
(Adage alchimique)
Curieusement, mon passage à l'acte de peindre provient de ma fascination pour les écrits philosophiques, mystiques, et ésotériques.
Ce qui m'a le plus interpellée, par exemple, à la vue des sculptures de l'artiste Gislebertus sur la cathédrale d'Autun, ce n'est pas son oeuvre, mais sa signature : » Gislebertus hoc fit », soit : « Gislebertus l'a fait ».
Quand j'ai commencé à travailler la peinture, j'ai tout de suite associé aux couleurs et aux matières tout ou partie du fameux poème de Kipling « Tu seras un homme mon fils ».
Pour moi la connexion entre ces différents écrits est le désir de transmettre une connaissance. Après l'évolution de l'espèce humaine au sens génétique, cette évolution a continué par les transmissions d'informations, de connaissances au moyen de mythes, de symboles, de philosophies qui ont été créés, ont perduré, et sont toujours là.
Ces différents points de vue se sont accumulés au cours des âges, et constituent une « bibliothèque » toujours croissante dont la diversité aide à avancer ceux qui cherchent et qui transmettent à leur tour.
J'ai choisi personnellement de les étudier de manière transversale, sans me spécialiser dans un domaine : je m'intéresse autant au Tao qu'à la kabbale, en passant par l'alchimie, la philosophie bouddhiste, la physique quantique et bien d'autres choses encore...
Ces approches apparemment différentes reflètent pour moi la même recherche qui dure depuis la nuit des temps : » d'où venons nous, qui sommes nous, où allons nous », avec des propositions de réponses qui sont plutôt des clefs pour avancer que des vraies réponses.
Je tente dans ma peinture d'insérer en filigrane ces recherches, mais non pas en cherchant à provoquer un processus mental de raisonnement, mais plutôt un accompagnement émotionnel, inconscient, subliminal et esthétique de ce raisonnement, relevant de notre inconscient collectif.
J'utilise de moins en moins d'outils, la couleur qui coule et mes doigts me suffisent.
Je suis moi-même outil parmi les outils.
Je fonctionne de manière non pas logique, mais arborescente; pour reprendre des paroles de Pierre Soulages, c'est ce qui se passe sur la toile qui me fait avancer, je ne sais jamais à l'avance ce qui va se passer.
Je travaille comme si j'étais dans le noir et dans un labyrinthe, couche de couleur après couche de couleur la lumière augmente et je dois choisir une direction.
Je ne travaille pas avec ma vue car je ne travaille avec aucune référence à l'extérieur.
Tout sort du fond du labyrinthe.
Je suis un explorateur de mondes intérieurs, peut-être les miens, peut être ceux de l'inconscient collectif, peut être les deux.
Au fur et à mesure que la toile avance, je commence à les distinguer.
Je fabrique des portraits d'âme, des clichés de sensations, des paysages d'inconscient.
Et plus le temps avance, plus ma cartographie d'explorateur s'agrandit...